Entreprendre sans prendre de risques financiers tout en gardant son emploi et son salaire, est ce vraiment possible ? Oui, cela s’appelle de l’intrapreneuriat. Ce concept, inventé dans les années 1970 par l’entrepreneur américain Gifford Pinchot III, repose sur l’innovation participative et est aujourd’hui au coeur des nouvelles tendances du monde du travail. En 40 ans, l’intrapreneuriat a plusieurs fois démontré son efficacité comme peuvent le montrer le succès des Post-it notes chez AM, inventés par Spencer Silver  et Arthur Fry.

Considéré comme un nouveau levier de croissance pour les grandes entreprises, l’intrapreneuriat répond aux aspirations professionnelles des salariés, tout en libérant la créativité et le potentiel d’innovation au sein d’une organisation. Pour les grandes entreprises, entreprendre en interne c’est répondre à l’agilité et l’esprit d’initiative des startups, mais aussi retenir les talents, en leur donnant l’opportunité de se développer et de multiplier leurs expériences.

Ainsi, à la suite d’une étude effectuée par Deloitte sur l’intrapreneuriat, sur les 3961 salariés français sondés, 72% se disaient intéressés par cette démarche, et 2/3 d’entre eux étaient attirés par les entreprises qui proposent ce type de programmes à leurs collaborateurs. Face à ces différents aspects positifs, plusieurs entreprises se sont laissées tenter par ce concept innovant et ont lancé leurs propres laboratoires d’innovations internes.

Intrapreneuriat en grands groupes

Un Startup Studio au sein de Total

En 2015, en collaboration avec le cabinet de conseil en stratégie digitale Eleven, Numa et le cabinet Roland Berger, Total a lancé son Startup Studio avec un objectif bien clair : adopter une posture proactive en raccourcissant les temps de lancement de nouveaux projets afin d’attaquer un marché fortement concurrentiel. Comment ? Tout d’abord, chaque projet est imaginé en interne et est par la suite étudié par des équipes externes à l’entreprise afin d’en établir la viabilité. Ensuite, les projets viables accèdent à une deuxième phase, consacrée au développement de l’idée, avec la coopération de plusieurs collaborateurs du grand groupe. Enfin, les produits ou services ayant passé cette étape sont financés par Total afin d’assurer leur déploiement et leur industrialisation.

À ce jour, Total a une dizaine de projet en cours, dont près de la moitié a atteint la seconde phase de développement et dont deux, Le Bon Gaz et Kleen, ont été financés et fonctionnent en autonomie complète. Le défi RH du grand groupe : développer de nouvelles idées tout en identifiant les compétences requises pour ce genre de projets et créer un véritable plan de carrière pour les intrapreneurs.

People’s LAB chez BNP Paribas

Présente le 21 Novembre dernier à l’événement Revolution@Work, Sabrina Murphy a créé en 2014 le People’s LAB, un programme d’intrapreneuriat transversal, le premier au sein du groupe bancaire international. Pour cette intrapreneure hors pair, il faut réinventer l’entreprise en agissant de l’intérieur.

Ainsi, face à la volonté des nouvelles générations de proposer leurs idées et de lancer de nouveaux projets, le programme permet aux collaborateurs de se réunir un jour par semaine au sein du WAI Paris, lieu d’innovation de BNP Paribas qui, entre autres, accompagne des startups et des entreprises dans l’innovation. Le programme d’accompagnement permet de rejoindre 3 objectifs : le développement de l’engagement des collaborateurs, l’accélération du déploiement de nouveaux projets tout en cultivant une valeur d’intelligence collective dans l’ensemble de l’organisation. Pendant 4 mois, une quinzaine de salariés ayant présenté leur projet à un comité de sélection, participent au programme afin d’étudier la viabilité de leur idée, bénéficiant d’un accompagnement dans un environnement propice à la création.  À la fin des 4 mois, une séance de pitchs est organisée afin de présenter les projets et en espérer le développement au sein du groupe bancaire.

intrapreneuriat féminin 66 miles

66 Miles, l’intrapreneuriat au féminin

Lancé en 2016 par  l’incubateur de start-up Paris Pionnières et l’agence d’innovation Five by Five, 66 miles est un programme d’accélération qui se veut novateur, accompagnant les femmes qui veulent entreprendre sans pour autant démissionner de leur poste. Pour participer au programme, il faut tout d’abord avoir une idée d’innovation numérique et surtout être soutenue par son entreprise. Par la suite, pour une période de 5 mois, les personnes participantes au programme se retrouveront tous les vendredi afin d’être accompagnées et suivies par des coachs et mentors parmi lesquels Antonin Léonard (cofondateur de OuiShare), Bénédicte de Raphélis Soissan (fondatrice de Clustree), Cécile Monteil (fondatrice d’Eppocrate) ou, encore, Céline Lazorthes (fondatrice de Leetchi et Mangopay).

L’objectif étant ” que chaque personne qui arrive avec une idée reparte avec un prototype que ce soit un site Web, une application ou un objet connecté. ” d’après Chloé Bonnet, fondatrice de Five by Five.

Orange, Mazars ou encore Engie, plusieurs sont les entreprises conquises par le concept de l’intrapreneuriat, qui semble allier les trois objectifs indispensables des organisations : recherche de flexibilité et d’agilité, rétention des talents et constante innovation. Toutefois, les nombreux processus de sélection d’idées pourraient entraver au bon déroulement de cette initiative, avec un déclin de projet portés à terme. Enfin, les exemples de projets issus de ces programmes restent encore trop peu nombreux pour en conclure une complète efficacité.

Intrapreneuriat : comment ça fonctionne ?
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Intrapreneuriat : comment ça fonctionne ?

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