Aujourd’hui, de plus en plus d’entreprises sont sensibles au droit à la déconnexion, nécessaire souvent au bien être et à la santé des collaborateurs. Cette déconnexion est également nécessaire pour que la performance d’une équipe soit au beau fixe. Des entreprises tentent donc de séparer la vie professionnelle et la vie personnelle. Certaines pratiques sont donc mises en place. Mais quelles pratiques peuvent être gardiennes de cette séparation entre vie professionnelle et vie personnelle ?

Droit à la déconnexion : l’exemple JLO

Droit à la déconnexion : initiative jadis existante chez JLO

Il paraît évident qu’un cabinet qui traite des thématiques des Ressources Humaines Responsables et de la Qualité de Vie au Travail, soit l’un des premiers à tenir compte du droit à la déconnexion dans ses pratiques. C’est le cas du groupe JLO, leader français en la matière, qui n’a d’ailleurs pas attendu la publication de la législation. Depuis 2015, ses 115 employés jouissent de ce droit que l’on croirait inné à cette entreprise. Au quotidien, c’est à partir de 20h00 qu’aucun courriel n’est en mesure d’être envoyé ou reçu, laissant place à un message automatique pour rassurer les clients du transfert qui se fera le lendemain matin. En week-end, le serveur est même mis en veille. Les hotlines des risques psycho-sociaux, pour les situations urgentes, restent cependant en marche.

Le président du groupe, Jean-Luc Odeyer, témoigne du retour d’expérience positif : “Nous nous sommes rendu compte que notre démarche concrète s’est transformée en valeur pédagogique auprès de nos clients. Nous renforçons notre positionnement en tant que développeur de qualité de vie au travail. Aucun client n’a remonté d’insatisfaction liée à cette impossibilité de joindre nos consultants entre 20h et 7h, alors que le dispositif de coupure est en place depuis un an.” Clarisse Pugnot, psychologue du travail et salariée du Groupe JLO ajoute : “L’expérience a permis de remettre à leur juste place les notions d’urgences et d’importances, se répercutant également dans la gestion des demandes en journée.”

Cette décision fut prise par toutes les équipes et concerne aussi les membres du Comité de Direction. Toutes les messageries professionnelles, qui touchent à la communication interne et externes, sont ainsi régulées.

Le droit à la déconnexion chez PriceMinister

Le droit à la déconnexion chez PriceMinister : un bon dosage équivaut à une vie plus saine, et une meilleure performance

C’est en 2013 que cette idée a commencé son cogito chez le spécialiste français des achats et ventes en ligne. Et pour raison ? Ses dirigeants s’étaient rendu compte que leurs collaboratrices étaient plus exposées aux phénomènes de reconnexion après le travail que leurs collègues masculins de travail. Cela était, pour les femmes, l’équivalent de trois journées de travail en une : bureau – vie familiale – et activité professionnelle en dehors du bureau.

Ce problème concernait principalement les postes de management et, le premier effort déployé a été de réaffirmer aux membres des équipes que même si aucun texte de loi ne luttait encore pour le droit à la déconnexion, ce principe ne devrait pas être oublié dû aux sévères conséquences qu’il pouvait entraîner. En 2015, PriceMinister est passé à l’action en instaurant un vendredi par mois le “Mail-Less Friday”, journées sans courriel. Karine Favrou, directrice des ressources humaines au sein de la société, explique : “Nous avons communiqué dans leur direction et les avons incités à se réapproprier ce temps libéré pour communiquer différemment avec leurs équipes. Ils sont nombreux maintenant à organiser des petits déjeuners d’échanges, auxquels ils apportent les viennoiseries.”

Aujourd’hui, cette nouvelle législature vient confirmer le bien-fondé de la démarche qu’ils avaient jadis entrepris. Pour Karine, ce sont “des limites invisibles à ne pas franchir” qui permettent aux employés de revenir au bureau “plus reposés et plus créatifs”. Cette mesure joue également en faveur de la marque employeur du groupe comme le souligne la DRH : “L’affirmation de cette légitimité de la déconnexion intéresse les éventuels candidats. Et dans un secteur tendu en termes d’emploi, c’est un vrai plus pour le recrutement des meilleurs profils.” Ceci dit, pour l’entreprise, un bon dosage de connexion reste bien plus bénéfique et utile que des règles strictes imposées. C’est pour cela qu’aucun outil de contrôle ni de pouvoir coercitif ne vient corriger ce genre de situations si elles ont lieu. Les responsables continuent à échanger en dehors des heures de bureau quand et si besoin, et les appels tardifs en cas d’urgence sont une exception.

Autres exemples de déconnexion

Droit à la déconnexion, en pratique : formations et accords

Des nombreuses autres entreprises ont passé le cap de cette déconnexion, et elles le font de différentes manières. Certaines pratiques sont souples et légères, d’autres tendent à réellement contraindre les collaborateurs à se déconnecter et se mettre en mode “veille” après les heures de bureau. Areva et Axa par exemple incitent leurs employés à ne plus répondre aux mails passées les heures dites “classiques” de travail. Ainsi, le collaborateur évite de vérifier sa boîte électronique, de répondre aux mails et s’oblige donc à ne plus travailler lorsqu’il franchit le domaine de sa vie personnelle. En Allemagne, BMW a également mis en place ce genre de pratiques : certaines sont souples comme le fait de ne plus répondre aux mails en dehors des heures de bureau ; d’autres semblent plus drastiques comme la déconnexion automatique des serveurs au-delà d’une certaine heure. Ces pratiques peuvent sembler au premier abord exagérées mais il faut savoir que ce type de mesures va de pair avec le bien être au travail. En effet, BMW est une des entreprises qui se soucient le plus de la santé de ses employés. Elle a donc décidé de mettre en place ce genre de “règles” afin d’optimiser les performances mais aussi la santé des collaborateurs.

En outre, dans certaines entreprises des mesures plus incongrues ont été créées. C’est le cas de Mercedes qui a embauché depuis les vacances de Noël 2014 un “assistant d’absence” dont le rôle est d’effacer les emails arrivant dans la boîte électronique des salariés pendant leurs congés – évidemment ceux qui ne souhaitent pas que leurs mails soient supprimés n’ont juste qu’à le signifier. De plus, la société d’électronique Intel instaure des moments de silence, moments pendant lesquels, tous les mardis matins, les mails et téléphones sont coupés et les salariés sont invités à installer un panneau “do not disturb” à la porte de leurs bureaux. Une pratique rigolote à renouveler sans modération – dans la limite du raisonnable évidemment. Enfin, même de petites structures telles que Change The Work – oui oui, c’est bien nous ! – donnent la possibilité aux collaborateurs et les encouragent même à désactiver les notifications de certaines applications de travail (comme Slack) en dehors des heures de bureau. Ainsi, la déconnexion est totale.

Droit à la déconnexion : les bonnes pratiques
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Droit à la déconnexion : les bonnes pratiques

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