L’organisation Internationale du Travail définit le travail des enfants comme l’ensemble des activités qui les privent de leur enfance, de leur potentiel et de leur dignité. Elles les empêchent de poursuivre un parcours scolaire typique, nuisent à leur santé ainsi qu’à leur développement physique et psychique. Les Nations Unies ont élaboré une première convention internationale qui a été signée en 1989 pour justement assurer les droits de l’enfant, et l’article 32 précise que “les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant d’être protégé contre l’exploitation économique et de n’être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de  compromettre son éducation ou de nuire à sa santé ou à son développement physique,  mental, spirituel, moral ou social“.

Cependant, ces pratiques existent encore dans certaines pays.  En 2017, l’Unicef a affiché qu’environ 168 millions d’enfants, soit plus de 10% des enfants dans le monde, y sont encore impliqués. 115 millions parmi eux seraient même engagés dans des tâches et des milieux qui leur sont dangereux. La loi n° 2017-399 du 27 mars 2017, qui s’adresse aux entreprises de grandes structures (à partir de 5000 salariés) dont les sièges sociaux  résident sur le territoire français, relance le débat autour de la vigilance et spécifie que son plan comporte des mesures visant à “identifier les risques et à prévenir les atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes ainsi que l’environnement, résultant des activités de la société et de celles des sociétés qu’elle contrôle (…) directement ou indirectement, ainsi que des activités des sous-traitants ou fournisseurs avec lesquels est entretenue une relation commerciale établie, lorsque ces activités sont rattachées à cette relation”. Evidemment, le travail des enfants est concerné.

Si l’Unicef met à la disposition des entreprises des outils et principes leur permettant de renforcer leur responsabilité sociale et de maîtriser leur impact sur les enfants et adolescents dans le monde, certaines comme Nestlé et Nike, y travaillent déjà.

Travail des enfants : le plan Cacao Nestlé

Travail des enfants : le plan Cacao Nestlé

Nestlé, multinationale suisse dans l’industrie de l’agroalimentaire, va chercher son cacao au plus près des agriculteurs en Côte d’Ivoire et au Ghana. Très vite, elle s’est rendue compte que pour sa chaîne d’approvisionnement, le travail des enfants était sollicité. Si elle souhaite continuer à grandir et à étaler ses produits à travers la planète, c’est avec éthiques et valeurs qu’elle veut s’y prendre : jusqu’en 2020, l’entreprise prévoit plus de la moitié de son approvisionnement mondial total par le biais d’un plan qu’elle a mis en oeuvre avec la Fondation International Cocoa Initiative (ICI) afin de combattre le travail des enfants qui, dans ce domaine, constitue un véritable défi.

Ceci-dit, pour trouver ou créer les solutions adaptées à ce problème, il faut en comprendre les raisons. Les études de cas que l’entreprise a alors mené en distinguent trois :

  • La pauvreté dont souffrent les producteurs de cacao et qui poussent les jeunes adultes à devoir et vouloir quitter leurs communautés pour justement ne pas en pâtir.
  • Dans ces zones-là, le nombre d’école est minime et la distance à parcourir pour s’y rendre décourage les parents et leurs enfants.
  • Le travail des enfants découle aussi de la culture et de la tradition. Le métier de cultivateur s’hérite, et est donc enseigné aux jeunes depuis petits. Puisque la vie dans ces régions est difficile, une croyance en Côte d’Ivoire par exemple dit qu’il faut endurcir les enfants pour qu’ils puissent y faire face lorsqu’ils grandiront.

Nestlé a alors voulu cibler le changement à travers l’amélioration des conditions de vie des cultivateurs. Avec ICI, ils ont mis en place le “Système de Suivi et de Remédiation du Travail des Enfants” pour identifier, surveiller et arrêter cette pratique. Leur méthode n’est pas figée, ils cherchent constamment à l’améliorer, mais pour l’instant en voici les 7 étapes :

  • Des volontaires parmi les villageois, désignés comme relais communautaire se déplacent chez les familles et sur les terrains d’exploitation pour récolter les informations.
  • Le travail des enfants est alors identifié et déclaré.
  • Une application mobile permet ensuite la saisie de ces données.
  • Les agents de la coopérative les vérifient avant de les valider.
  • Ces données sont alors analysées dans le but d’établir une palette d’action permettant de remédier au problème.
  • ICI et ses partenaires sociaux entreprennent l’action appropriée pour l’enfant et ses parents.
  • Un suivi est finalement mis en place pour s’assurer de l’efficacité de l’action et sa continuation.

Ainsi, depuis 2012, ce programme a permis d’identifier 7 327 enfants en situation de travail et d’en suivre, jusqu’à présent, 5 232. En 2017, 51% des enfants qu’ils ont pu identifier ne travaillent plus.

Travail des enfants : Nike redresse son image

Travail des enfants : Nike redresse son image

Le travail des enfants et les pénibles conditions de travail : voilà pourquoi, pendant des années, Nike a été la cible des contestations et des attaques médiatiques. Le service interne que l’entreprise avait alors consacré à l’amélioration des conditions de vie des employés des usines n’a pas réussi à calmer le désordre survenu à la suite des manifestations lors des jeux olympiques de 1992 et les preuves d’abus scandaleux qui continuaient d’être publiées. Réalisant que ces critiques incessantes influaient sur la demande et les résultats financiers, Phil Knight, fondateur de Nike, prend la parole en mai 1998 :

“Les produits Nike sont devenus les emblèmes des salaires de misère, des heures supplémentaires forcées et des abus arbitraires. Je crois sincèrement que le consommateur américain n’a aucune envie d’acheter des produits fabriqués dans de telles conditions.” Il s’est alors engagé à à avancer l’âge minimum des salariés de l’entreprise et à suivre de près les mesures de contrôles, tout en imposant celles fixées par l’Agence Américaine pour la Sécurité et la Santé au Travail.”

Un an plus tard, l’entreprise crée la “Fair Labor Association“, organisation non-gouvernementale ayant pour but de rassembler les entreprises qui luttent pour les droits de l’homme au travail avec des principes d’emploi à partir d’un âge minimum et un temps de travail réduit et limité. Entre 2002 et 2004, Nike réalise plus de 600 visites et audits dans ses usines pour s’assurer de leur bon fonctionnement.

En 2005, elle est la première entreprise dans son secteur d’industrie à diffuser ouvertement sa liste d’usines et de sous-traitants, et publie un rapport dans lequel 108 pages exposent les nouvelles conditions de travail et de rémunération, sans avoir peur de mentionner les problèmes récurrents auxquels elle fait face. Jusqu’à aujourd’hui, ses rapports RSE témoignent de son effort de transparence et de lutte contre le travail des enfants et de la qualité de vie et de santé au travail des employés, de manière plus générale.

Travail des enfants : la lutte de Nestlé et de Nike
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Travail des enfants : la lutte de Nestlé et de Nike

by Margaretta El Khoury time to read: 5 min
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