Ces dernières années, le concept de bureau s’est dématérialisé. Télétravail, nomadisme, travail mobile, télé-management, coworking…

De nos jours, les entreprises se dotent de plus en plus d’outils et de pratiques qui permettent le télétravail et l’autorisent à leurs collaborateurs. Selon la deuxième édition de l’étude Malakoff Mederic Humanis réalisée en 2018 auprès de 1604 salariés (dont 581 managers) et 401 dirigeants d’entreprises d’au moins 10 salariés : sur 5,5 millions de Français, 29% des salariés déclarent télétravailler contre 25% en 2017. Le nombre de télétravailleurs est en augmentation mais le nombre d’entreprises qui propose le télétravail n’augmente pas ou très peu : ce sont celles qui le pratiquaient déjà qui l’ouvrent à de plus en plus de salariés. Et ce malgré l’ordonnance Macron de 2017 qui a réformé le Code du travail et a simplifié la mise en place du télétravail dans les entreprises (en annulant l’obligation de rédiger un avenant au contrat de travail et en se contentant d’un accord entre l’employé et le manager). Malgré la démocratisation progressive du télétravail, quels sont les causes qui expliquent la résistance des entreprises envers cette pratique ?

Des freins toujours existants

Avec la durée du trajet pour se rendre au travail qui a progressivement augmenté ses dix dernières années, il est de plus en plus difficile pour les employés de pouvoir concilier vie personnelle et vie professionnelle. Le télétravail est attirant pour les salariés car, en réduisant le temps de trajet et les frais de transport, il répond à un besoin croissant de souplesse des horaires, d’autonomie et de responsabilisation ce qui permet de mieux articuler entre leurs deux vies. Ainsi, le télétravail améliore la qualité de vie au travail et la performance des employés : la fatigue diminue, la santé s’améliore, un meilleur sommeil, la baisse de l’absentéisme… tels sont les bénéfices de cette pratique qui augmentent la productivité des employés.

Or, si la pratique comporte des avantages, elle génère des risques à prendre en compte. Toujours selon l’enquête, 60% des salariés estiment que le télétravail engendre un empiètement de la vie professionnelle sur la vie personnelle. Les salariés sont en surcharge de travail et risquent d’avoir une addiction au travail. Ils ont du mal à se déconnecter de leurs tâches professionnelles. Ainsi, se rendre et quitter le bureau permet de mieux fixer une limite entre la sphère privée et la sphère professionnelle. Ce brouillage dans les frontières peut être expliqué par l’absence d’espace dédié au travail (plus de la moitié des télétravailleurs ne possèdent pas d’espace spécifique pour télétravailler).

De même, télétravailler peut risquer la sédentarité, la perte de lien social et donc l’isolement. Cette crainte est partagée par 46% des dirigeants. En outre, les managers ont tendance à refuser le télétravail par peur de perdre une partie de leur responsabilité ou par manque de confiance. Ne se trouvant pas dans le même espace, la communication est moindre et le manager devra déléguer aux salariés les rendant plus autonomes et responsables.

Quelques entreprises qui ont choisi de télétravailler à 100%

Depuis 2017, certaines entreprises ont pris l’initiative de lancer une journée mondiale du télétravail le 04 août afin de mettre en avant cette pratique et ses bienfaits. Nous profitons de cette journée pour vous présenter quelques entreprises qui ont fait le choix du 100% télétravail.

L’entreprise Fizzer s’est mise, depuis son lancement il y a cinq ans, au télétravail. Les salariés sont répartis dans plusieurs pays : France (six salariés se trouvent à Dives-sur-Mer), Québec et Bali. « Les plus loin sont au Québec et à Bali » explique Vincent Porquet, un des trois dirigeants, « donc ça fait 13 heures de décalage horaire entre ces personnes-là, et on arrive à travailler comme ça, sans forcément se faire une réunion tous les quarts d’heure ». Les salariés travaillent à leur domicile ou dans un espace de coworking.

Le Chief Operating Officer explique que le travail au sein de l’entreprise se fait en remote et en asynchrone tout en communiquant avec un ordinateur qui est prêté par la société et des applications comme Slack, Whatsapp et Skype. De plus, pour ne pas risquer l’isolement, un robot en ligne a été développé pour demander aux salariés chaque lundi des nouvelles de leur weekend et chacun est invité à répondre. Cette situation crée une synergie entre eux et c’est un moyen de facilitation de la communication entre les salariés à distance.

Au delà de ce robot, les télétravailleurs se réunissent deux fois par an pour un séminaire. « Ça casse les barrières, là c’est la vraie vie » explique le co-fondateur de Fizzer. Afin d’assurer le bon fonctionnement de l’entreprise, deux réunions de routines sont organisées : une réunion chaque semaine est organisée pour définir les objectifs et une réunion de managers. En outre, chaque collaborateur a 30 minutes d’échanges informels avec son manager pour prévenir les éventuels conflits.

La société Platform.sh lancée en 2014 et spécialisée dans le cloud BtoB a choisi d’adopter la politique du sans bureaux et donc 100% de télétravail. Grâce aux outils technologiques et une organisation millimétrée, Frédéric Plais explique qu’il est en mesure de diriger une équipe de 135 personnes se trouvant dans 17 pays. « Nous sommes des surconsommateurs de Slack » explique Frédéric Plais en annonçant que les salariés reçoivent plus de 6 000 messages par jour sélectionnés dans des « channels » spécifiques de discussion.

De même, un canal « commendation » s’y trouve pour faire des éloges à un collaborateur qui a réalisé un bon boulot et un canal « complain » pour spécifier si des choses doivent être modifiées. Un autre outil utilisé est « Zoom ». C’est un outil de webconférence utilisé pour connecter les salariés lors des réunions quotidiennes.

Idem pour BoondManager, une startup spécialisée dans l’édition d’outils de gestion qui tend à concilier entre la vie personnelle et la vie professionnelle des salariés. Avec une équipe de plus de 20 salariés, les employés sont tous des télétravailleurs. « Cela permet d’accorder plus de temps à sa vie personnelle. On s’est rendu compte qu’on gagnait énormément de temps, celui qu’on ne passe plus dans les transports et dans les conversations non-désirées au travail » explique Anthony Lambert, co-fondateur de BoondManager. Il poursuit en annonçant que l’entreprise propose certains rituels pour favoriser la communication en interne : se dire bonjour le matin sur Slack, participer à des groupes de fitness, de méditation et de taro à travers une webcam. Contrairement à Platform.sh qui accueille des stagiaires et des jeunes diplômés de la région parisienne qui souhaitent se retrouver occasionnellement dans des bureaux, BoondManager ne recrute que « des gens matures » : « Nous avons deux critères principaux : être mature et avoir une vie à côté, des amis ou une famille » déclare le co-fondateur. Or, outre le point commun du télétravail, ses deux entreprises organisent trois à quatre séminaires (team building et workshop) chaque année pour promouvoir la rencontre des équipes.

Le télétravail se développe donc toujours, dans certaines entreprises plus rapidement que d’autres. Il présente des avantages certains mais ne convient pas à tout le monde. Certaines personnes préfèrent le cadre et les liens sociaux qu’un bureau physique peut apporter. D’autres au contraire préféreront la liberté et l’autonomie qu’apporte le télétravail. S’il n’y a pas de réponse universelle, il est tout de même évident que le télétravail doit être accompagné, à la mise en place et sur le long terme.

Auteur(s)