Depuis plus de 15 ans, la télémédecine se déploie dans les villes et les entreprises. Elle se définit comme une forme de pratique médicale à distance fondée sur le recours aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. La télémédecine est réglementée en France depuis la loi de 2009 par des grands principes. Mais depuis, les choses ont avancé lentement dû à un manque de rémunération des médecins ce qui limitait cette pratique à des expérimentations régionales menées essentiellement par des hôpitaux. Jusque-là, et en dehors des expérimentations, le médecin qui télé-soignait les patients n’était pas rémunéré. 

Or, depuis l’entrée en vigueur de la loi autour de la téléconsultation le 15 septembre 2018 et suite à un accord entre l’assurance-maladie et les syndicats médicaux en juin intégrant l’acte à distance dans le parcours de soin et autorisant son remboursement par la Sécurité Sociale, une téléconsultation est rémunérée au même prix qu’une consultation classique en cabinet. La télémédecine est donc entrée effectivement en 2018 dans le droit commun et a commencé à prendre plus d’ampleur.

La télémédecine dans le public

La solution de la télémédecine a émergé suite à la difficulté d’accès à des médecins. La France vit une diminution nette du nombre de médecins. Selon le rapport de Juillet 2018 de la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale sur les déserts médicaux, la situation est qualifiée « d’extrême gravité » : environ 8% des Français vivent dans l’une des 9 000 communes qualifiées de « sous-denses » en médecins généralistes. La télémédecine permet donc aux patients d’avoir accès au soin sans devoir se déplacer à l’hôpital.

En plus de cela, de nombreux programmes sont mis en place pour des maladies spécifiques. Par exemple, la région de Normandie soutient un programme de dépistage du mélanome dans la ville de L’Aigle. Une convention a été signée entre une maison de santé et un dermatologue basé à Caen visant à faire venir sur place le dermatologue en cas de nécessité. Karine Hauchard, responsable de la télémédecine au sein du groupement Normand’e-santé, explique que si les photos d’un grain de beauté suspect sont envoyées par un généraliste au dermatologue via une plateforme sécurisée, celui-ci se rendra chez le patient en cas de nécessité. C’est une façon de « dépistage chez des patients qui, pour certains, n’ont jamais vu un dermatologue de leur vie » poursuit le responsable.

De même, la télémédecine est utilisée pour améliorer la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC) aux urgences des hôpitaux de Cherbourg, Avranches-Granville, Dieppe, Evreux, Flers, Argentan, L’Aigle et Alençon-Mamers. Pour tout patient suspect d’AVC, le service, après lui avoir fait un examen d’imagerie (IRM ou Scanner), se connecte à un neurologue de Rouen, Saint-Lô, Caen ou Lisieux pour poser le diagnostic. Ensuite, si le cas nécessite une thrombolyse (traitement qui permets de déboucher les artères du patient), le neurologue guidera l’urgentiste pour la réalisation de l’intervention.

Enfin de nombreux projets de téléconsultation ont été menés ces dernières années dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) où environ 70 téléconsultations par mois sont réalisées notamment sur la commune de Dozulé (Calvados) et l’Aquitaine. Or, comme l’a mentionné Dr. Marc de Rugy, directeur du pôle e-santé du groupe Hom’age en Basse-Normandie, « il faut en effet avoir une certaine autonomie pour utiliser les différents instruments une fois dans la cabine ». Certaines personnes âgées risquent d’être désorientées si on leur demande d’utiliser seules des machines. Cela permet cependant de lutter contre la peur de l’hôpital.

Aujourd’hui, le CHU de Bordeaux assure des consultations à distance avec 55 maisons de retraite de Gironde et Dordogne. Ces établissements se sont dotés d’un équipement de télémédecine, avec une salle réservée aux consultations. A l’heure du rendez-vous, la personne âgée se rend dans la salle accompagnée le plus souvent d’une infirmière. Le patient et le médecin CHU sont en possibilité de voir l’un l’autre et ainsi dialoguer. Le médecin va alors examiner le patient et les soignants pourront sur le champ réaliser différents examens (tension, température…).

La télémédecine au travail

Historiquement, la télémédecine s’est développée pour le travail… en mer ! La présence médicale à bord est en effet rare. Elle n’est obligatoire que sur les navires de plus de 100 personnes et pour les traversées qui durent plus de 48 heures. Notons que le taux d’accident et de mortalité est sept fois plus important en mer que dans le bâtiment. De nombreux accords et solutions ont donc vu le jour pour permettre au marins d’avoir une consultation digitale avec un médecin.

Au niveau de l’armée aussi, seulement un tiers des bâtiments de guerre sont médicalisés. Un réseau de télésanté a été constitué notamment pour les forces sous-marines à Brest et les forces de surface à Toulon. L’expertise médicale se fait à différents niveaux : lorsque les bâtiments sont en mer, la télémédecine se fait entre navires, le bâtiment de commandement médicalisé est équipé de moyens techniques supplémentaires et est renforcé par des praticiens de spécialité chirurgicale.

La télémédecine s’est ensuite énormément développée dans les grands groupes qui l’ont intégrée à leur package d’avantages pour les salariés, principalement dans les pays où les frais de santé ne sont pas forcément bien remboursés. C’est par exemple le cas des Etats-Unis où en 2017 une enquête du National Business Group on Health montrait que 96% des grandes entreprises avaient mis ou allaient mettre en place en 2018 des services de “telehealth”.

Aujourd’hui, en France aussi, les solutions de télémédecine commencent à se déployer dans tous types d’entreprises, et les startups s’engagent sur ce créneau. Une cabine high-tech de télémédecine a été conçue par la société H4D permettant de se faire consulter à distance et de faire différents examens (cardiologie, auditifs, visuels…) à l’aide de différents instruments disposés à l’intérieur de la cabine (la mesure du poids, la taille, la fièvre, la tension, la vue…) sous la direction d’un médecin. Cet outil permet d’avoir une consultation médicale en visioconférence avec un examen clinique complet explique le docteur Franck Baudino, fondateur de la société créatrice de l’outil ajoutant que la cabine prend en charge 90% de ce qui peut être réalisé dans un cabinet de médecine générale. Cette cabine a été installée dans les locaux d’une soixantaine d’entreprises moyennant un coût mensuel de location de 3 000 euros.

De même, grâce au partenariat entre Garance et MédecinDirect, les 64 000 adhérents et les 200 salariés de la mutuelle bénéficient d’un accès gratuit à la plateforme, accessible 7j/7 et 24h/24 afin d’avoir des consultations à distance avec des médecins généralistes et spécialistes, des délivrances d’ordonnance et des accompagnements médicaux complémentaires avant et après une consultation.

Quel avenir ?

Dialoguer avec un professionnel de la santé à travers un écran empêche le contact palpable avec le patient et dans certains cas, les praticiens ont besoin de voir le patient face à face. Pour le sociologue Alexandre Mathieu-Fritz « en aucun cas, la machine ne se substitue au médecin. Et parfois il y a plus de personnes autour du patient que lors d’une consultation classique ». Le docteur Eric Fonta, co-fondateur de la plateforme MEDVU (plateforme française de télémédecine) explique que « la téléconsultation ne remplace pas le rendez-vous en cabinet, mais le complète. Elle permet de garder un lien étroit tout en gagnant un temps précieux : au lieu de recevoir quatre fois par an mes patients atteints de maladies chroniques, je ne les reçois plus qu’une à deux fois ».

En conclusion, la télémédecine est un nouvel outil qui bouleverse aujourd’hui le monde de la santé et qui se déploie rapidement, porté par une ambition forte du gouvernement français : favoriser 500 000 actes à distance en 2019 et 1,3 million en 2021.

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