A l’occasion de la journée internationale de la jeunesse du 12 août, et alors que les actions des lycéens et étudiants en faveur de l’environnement se multiplient, nous nous intéressons à la conscience écologique des étudiants des grandes écoles et leur rapport aux entreprises polluantes.

Dans leur “manifeste étudiant pour un réveil écologique” lancé début octobre dernier, plusieurs étudiants de Polytechnique, HEC, l’ENS ou AgroParisTech appellent à questionner « notre zone de confort pour que la société change profondément ». Le but est de responsabiliser au maximum les entreprises en les questionnant sur leurs objectifs environnementaux. Pour ce faire, ils ont décidé de se mobiliser pour le climat en faisant pression sur les entreprises polluantes pour qu’elles remettent en cause leurs pratiques.

Responsabiliser les entreprises polluantes

Ils sont plus de 30 000 étudiants des grandes écoles à avoir signé ce Manifeste qui a contribué à un fort écho médiatique.

« A quoi rime-t-il de se déplacer à vélo, quand on travaille par ailleurs pour une entreprise dont l’activité contribue à l’accélération du changement climatique ou l’épuisement des ressources ? ». Telle est une question posée par les fondateurs du mouvement qui ont décidé de responsabiliser les entreprises polluantes.

Comment ? Certains étudiants se disent prêts à boycotter leurs potentiels employeurs. « Je pourrais refuser un poste si les engagements de l’entreprise vont à l’encontre de mes convictions » estime Thomas, polytechnicien. Il n’est donc plus question de foncer la tête baissée vers des entreprises polluantes : la nouvelle génération ne recherche plus un bon salaire, ils veulent un avenir !

Toujours dans le cadre de leurs actions, les fondateurs du Manifeste pour un réveil écologique rencontrent depuis janvier, des entreprises de la grande distribution, de l’énergie, de l’industrie etc. notamment les directeurs développement durable ou RSE dont plusieurs entreprises du CAC 40. C’est l’occasion de dialoguer avec eux, de leur soumettre leurs revendications et d’espérer pouvoir changer leurs pratiques. En outre, comme l’explique Corentin Bisot l’un des fondateurs du mouvement, avoir un vrai dialogue avec les entreprises leur permet d’être plus précis sur leur cahier de doléances et d’opposer leurs revendications à la réalité.

N’ayant pas les moyens pour mesurer l’impact carbone des entreprises, Corentin Bisot explique que l’objectif n’est pas de boycotter ou de créer une liste noire d’entreprises polluantes mais de pousser les étudiants à repenser la relation aux entreprises. Autrement dit, ce mouvement appelle à une mobilisation de toute la collectivité afin de placer la transition écologique et solidaire au cœur de la politique. Les fondateurs espèrent émettre à la fin de l’été 50 à 100 propositions. De même, des groupes de travail ont été créés avec les étudiants signataires pour conceptualiser des nouveaux modèles d’entreprise. Cela passe par la mise en place d’objectifs de réduction de gaz à effet de serre, par le refus de contribuer à la surconsommation par la stratégie marketing, ou encore par la mise en place de formations pour sensibiliser les collaborateurs aux enjeux environnementaux et sociétaux.

Une réaction collaborative des entreprises

Face à ce mouvement, et suite à sa rencontre avec les fondateurs du mouvement, Nathalie Devulder, directrice RSE du Réseau de transport d’électricité (RTE) déclare que « ce Manifeste marque une très forte prise de conscience chez les jeunes que l’on remarque de plus en plus chez nos nouvelles recrues. C’est un signal qui doit nous interpeller et qu’on doit prendre en compte ».

En 2017, des étudiants de Science Po avaient déjà appelé leur école à mettre fin au partenariat qui liait l’école à Total. A cette occasion, l’association Sciences Po Zéro Fossile a estimé que « soutenir l’industrie fossile apparaît comme une claire contradiction avec les missions de l’école. Sciences Po n’accepte plus les partenariats avec l’industrie des armes et du tabac. Pourquoi alors légitimer les choix industriels et l’influence politique destructrice de Total en acceptant un partenariat stratégique ? ».

Il est clair que les aspirations évoluent d’une génération à une autre. Les jeunes manifestent pour le climat, appellent à la grève des études, lancent des pétitions pour demander à leurs futurs employeurs de prêter plus d’attention à l’environnement, tandis qu’une activité médiatique jamais vue pour ce genre de sujets se développe autour de personnes telles que Greta Thunberg.

La nouvelle génération est désormais plus sensible au concept de développement durable et aux questions de la RSE. Pour recruter leurs futurs talents les entreprises vont avoir besoin de répondre aux aspirations des candidats. Devenir une entreprise écologique sera-t-elle le seul moyen de recruter dans le futur ?

Caroline Renoux, fondatrice de Birdeo, cabinet leader en France en recrutement et chasse de tête dans le développement durable confirme. Pour elle c’est tout un « écosystème qui est bouleversé par les attentes des nouvelles générations en termes d’engagement des entreprises ». Ainsi, l’idée est de faire vivre les valeurs de l’entreprise qui doivent aller de pair avec les attentes des nouvelles générations.

En conclusion, ce Manifeste tend à éveiller la société française aux risques environnementaux auxquels elle fait face. Les étudiants des grandes écoles se disent prêt à boycotter les entreprises polluantes. Or, il est important de relever que vu leur profil, il est plus facile pour eux de sélectionner les entreprises désireuses de recruter. Mais, ceci ne veut nullement dire que le reste des étudiants sont incapables de lutter contre leurs principes. D’autres possibilités leurs sont offertes pour s’exprimer et pour challenger les entreprises à ce qu’elles soient plus vertueuses (comme par exemple par la revendication). Ceci étant dit, l’objectif du mouvement est de travailler sur l’entreprise de demain et pouvoir accorder aux générations futures une vie digne dans un environnement pur et sain. Du côté des entreprises, elles sont de plus en plus susceptibles aux attentes des candidats ce qui induit à les incorporer dans leurs valeurs. C’est une stratégie qui fait de l’entreprise un pôle attractif à la nouvelle génération.

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