“Que veux-tu faire plus tard ?”. Cette question a bercé l’enfance de l’ensemble d’entre nous. Ces questions ont toujours amusé les grands mais n’ont pas toujours été bien reçue par ceux qui n’avaient pas de réponse à la question.

A cinq ans, les adultes ne s’intéressent pas à la réponse autant que si vous répondiez à un âge plus mature. Ils s’attendent à une réponse mignonne de votre part : « Je veux être un pirate », « je veux être un astronaute » ou « je veux être une ballerine ».

Au collège et au lycée, trouver une réponse devient de plus en plus critique (au point de nous envoyer vers ces fameux CIO) car elle conditionne de plus en plus nos choix de filières et de matières avec le risque de nous enfermer inévitablement dans une voie qui ne nous convient pas. Et si un élève aimait la littérature française et les mathématiques ?

C’est généralement là que les parents interviennent pour rappeler à l’enfant qu’il doit faire un choix. C’est l’environnement dans lequel nous vivons : il faut choisir sa vocation.

Etre médecin, ingénieur, avocat, écrivain, bosser dans la communication, faire des vidéos sur YouTube… Beaucoup de domaines peuvent intéresser mais il faut choisir.

Le problème n’est pas tant qu’un jeune ne soit pas intéressé par quelque chose de précis mais qu’au contraire, il s’intéresse à beaucoup de choses. Que faire si une personne est destinée à avoir plusieurs vocations ?

Le mutlipotentialiste : touche à tout

La multipotentialité est un terme éducatif et psychologique, utilisé pour la première fois en 1972 par R.H. Frederickson. Pour lui, un multipotentialiste, est une personne qui « lorsqu’on lui fournit les environnements adéquats, peut sélectionner et développer plusieurs compétences jusqu’à un niveau élevé ». En d’autres termes, le multipotentiel a la capacité d’exceller dans deux ou plusieurs champs différents.

Emilie Wapnick est une écrivaine, coach de carrière, blogueuse, artiste et une community builder. Au lycée, elle aimait l’anglais, les mathématiques et l’art. Elle construisait des sites web et elle jouait à la guitare dans un groupe punk nommé les Opérateurs Téléphoniques Frustrés. A l’université, elle a étudié la musique, les arts, la production cinématographique et le droit. Elle est diplômée de la faculté de droit de l’Université McGill. Cette situation a continué après sa carrière académique. Lorsqu’elle s’intéressait à un domaine particulier, elle plongeait dedans en y mettant toute son énergie. Puis, elle arrivait à un moment où elle s’ennuyait et commençait à s’intéresser à un domaine différent.

Emilie Wapnick est clairement une personne qui n’a pas su faire un choix unique dans sa vie et n’a pas trouvé sa vocation. Elle est douée dans plusieurs domaines ce qui la rends multi-qualifiée. A-t-elle une place dans notre monde d’aujourd’hui ?

L’absence d’une unique vocation constitue une tendance dans un monde des affaires qui est devenu global, connecté, complexe avec des multiples domaines de compétences. Quelle est leur valeur ajoutée dans le monde professionnel ? Emilie Wapnick répond à cette question lors de son intervention à TEDxBend.  

D’une part, les mutlipotentialistes ont la capacité de synthèse des idées. Ils peuvent combiner deux ou trois domaines et créer quelque chose de nouveau à l’intersection. Par exemple, un groupe de jeunes italiens et libanais (Giulio Gianni, Gabriele Motta et Aliya Souhaid) appartenant à la génération y (1980-2000), ont puisé leurs intérêts communs pour le design, la conception informatique (l’évolution technologique) et l’amour pour la nature pour fonder la compagnie Arabalia Studio qui créé des boucles d’oreilles inspirées par les modèles naturels de croissance des branches d’arbres.       

D’autre part, ils ont une compétence d’apprentissage rapide : Comme précisé auparavant, les mutlipotentialistes se donnent à fond dans les domaines qui les intéressent. Ils ont donc l’habitude d’être débutants car ils changent plusieurs fois de champs. Ainsi, ils jouissent d’une capacité d’apprentissage rapide car ils reprennent de zéro à plusieurs moments de leurs vies professionnelles. C’est l’exemple de Nora Dunn (génération des Baby-boomers (1946-1965)) qui « est voyageuse à plein temps et écrivain en freelance. En tant qu’enfant pianiste de concert, elle a parfait une capacité au développement de la mémoire musculaire. Avant de devenir écrivain, Nora était une planificatrice financière. Elle a dû apprendre les fins mécanismes de la vente quand elle a commencé à travailler. Cette compétence lui permet d’écrire des argumentaires convaincants aux éditeurs » explique Emilie Wapnick.

Enfin, les mutliptotentialistes ont la faculté d’adaptabilité : c’est la capacité de se transformer en ce que vous avez besoin d’être dans une situation donnée. L’exemple type pour ce troisième critère est Abe Cajudo (génération y) qui est parfois directeur vidéo, parfois designeur web, parfois un consultant Kickstarter, parfois professeur. Selon Wapnick, « il a de la valeur car il fait du bon boulot et il peut endosser différents rôles en fonction des besoins de ses clients ». D’autres exemples pertinents sont celui du Dr. Bob Childs (génération Baby-boomers) qui est à la fois un psychologue et un luthier et de Mathilde Corbin (génération y) qui est digital entrepreneuse, formatrice, artiste, yogi et spécialiste du sommeil.

Synthétiser les idées, apprendre rapidement et être adaptable sont les trois atouts des mutlipotentialistes. En conclusion, s’intéresser à des choses diverses et variées ne veut pas dire que l’on n’a ni passion ni vocation. Les mutltipotentiels, contrairement aux spécialistes, jouissent d’une capacité de flexibilité et d’adaptation. Avec des buzzwords tel que “génération slasher” nous avons tendance à croire que les multipotentialistes appartiennent aux nouvelles générations, mais ces derniers ont toujours existé. Il est cependant plus facilement admis aujourd’hui de sortir des sentiers battus, et pour trouver un métier qui leur convient les mutlipotentialistes peuvent laisser aller leur créativité et chercher à l’intersection de plusieurs disciplines.

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