Il y a trois ans, Google changeait de nom pour devenir Alphabet avec la création du site abc.xyz. En parallèle, depuis maintenant des années, nous parlons des générations X, Y & Z en permanence.  

Tout le monde a entendu parlé de la génération Y, les fameux millennials, tant les articles sur le sujets ont été nombreux, aussi nombreux que l’apparition des “soit disant” spécialistes de la question. Nous constatons aujourd’hui les mêmes effets avec la génération Z qui devient la nouvelle star des blogs et des réseaux sociaux. A titre d’exemple, on trouve avec une simple recherche google les titres d’article suivants sur la génération Z :

  • La Génération Z : Les rois du monde digital
  • La génération Z est guidée par le plaisir et l’envie
  • Faut-il ménager ou manager la génération Z ?
  • Génération Z, les 15-17 ans sont-ils les rois du monde ?

Or, Avec la lettre Z, nous arrivons à la fin de l’alphabet et même si certains parlent de génération Alpha pour la génération à venir, ne serait-il pas venu l’heure de tourner la page de ce concept de génération ?

Pourquoi accorder tant d’importance aux différences de générations ?

Il suffit de regarder le nombre de recherches google sur ces termes ces dernières années pour constater que beaucoup de personnes au profil assez divers (consultants, professeurs, étudiants, journalistes) usent et abusent de cette tendance et se l’approprient en se campant dans les clichés véhiculés par cette dernière. Comment les recruter ? Comment les comprendre ? Pourquoi faut-il mieux les intégrer ? Qui sont-ils ? A quoi rêvent-ils ? Que vont-ils devenir ? Cette énumération est infinie.

Pas une seule entreprise des cinq dans lesquelles j’ai travaillé en 3 ans n’avaient pas prévu de stratégie d’attraction / de management personnalisées par génération.

La génération Y est devenue le gagne pain des consultants qui à base de brainstorming, design thinking, études, événements, disruptions & autres buzzwords surfent sur ce phénomène. Et quand les dirigeants commencent à être paniqués vis-à-vis de cette génération Y, nous parlons aujourd’hui des Z. Les Z qui sont attendus par les X pour contrer les Y. En effet, chaque génération est en théorie construite en opposition par rapport à la précédente (selon Strauss & Howe, pionniers des recherches sur les générations) et donc les Z sont censés aider les X à défaire les Y. Vous êtes perdus ? C’est normal.


Les générations bientôt à court de lettres ?

Pour résumer, nous sommes donc, selon les doctrines majoritaires, en présence de plusieurs générations, clairement définis en terme d’âge, qui cohabitent aujourd’hui dans le monde du travail et qui sont censés partager des traits communs, des envies communes et devraient donc être traitées d’une manière différente. Et si au final, ce concept de génération devenait nul et non avenu ?

« Le temps change, les gens changent »

Le monde actuel change pour deux raisons majeurs et cela porte atteinte au concept de générations.

Premièrement, nous vivons une accélération de la perception du temps. Quand nous interrogeons les personnes autour de nous, nous constatons cette accélération. Nous travaillons trop, nous avons des choses de prévu toute la semaine, nous réalisons en permanence que nos années d’anniversaire de CDI arrivent trop vite, que tel ou tel film a déjà 10 ans que la première coupe du monde pour la France c’était il y a 20 ans !

La conséquence pour les générations est que chaque cohorte est de plus en plus petite. Des baby-boomers à la Gen Z, nous sommes passés d’une cohorte important, construite et pertinente à un ensemble plus petit, déconstruit et complètement hétérogène.

Il est pour moi difficile aujourd’hui de trouver des points communs entre mes amis / collègues de ma génération alors qu’il est plus évident de trouver des points communs entre mes parents et leurs amis / collègues. Et Cela s’accentue avec la génération Z.

« Des baby-boomers à la Gen Z, nous sommes passés d’une cohorte important, construite et pertinente à un ensemble plus petit, déconstruit et complètement hétérogène. »

Le second changement auquel nous assistons concerne le digital. Michel Serres dans son excellent Petite poucette parle de « Troisième révolution anthropologique majeure de l’humanité». Le digital n’est qu’à ses débuts et il a commencé à changer le monde d’une manière exponentielle. L’obsolescence touche de plus en plus tôt et frappe de plus en plus fort. Qui aurait imaginé le déclin de Facebook il y a 2 ans et celui de Snapchat il y a 1 an ? Comment dans un monde en perpétuel changement y aurait-il de cohérence entre différentes individus sous prétexte qu’ils ont le même âge ? Le digital est là et il a commencé à gommer de nombreux concepts et préceptes. Celui de génération ne tiendra pas face à un tel ouragan. Aujourd’hui, les pratiques digitales tendent à s’uniformiser et chaque génération avance au même rythme au gré des évolutions du monde digital. De Facebook à Snapchat puis de Snapchat à Instagram par exemple.

Alors face à un tel changement global, segmenter en générations fait-il encore sens ? Ou ne serait-ce qu’une barrière supplémentaire érigée contre ce changement ?

Ne parlons plus de générations

Certaines études récentes sur le sujet montrent plusieurs choses. D’abord qu’il n’y a au final pas tant de différences que ça entre les Y et les Z. Ensuite, que les Z seraient au final proche des envies des X voir des Boomers. Enfin, que si les points communs entre ces générations sont forts mais principalement liés au digital, cette dernière cohorte est complètement hétérogène.

Ce ne sont pas les gens qui changent, et les jeunes générations qui insufflent ce changement, c’est plutôt le monde qui change et les plus jeunes générations, moins réticentes au changement sont donc les premières à embrasser les nouveaux paradigmes et possibilités.

« Ce ne sont pas les gens qui changent, et les jeunes générations qui insufflent ce changement, c’est plutôt le monde qui change et les plus jeunes générations, moins réticentes au changement sont donc les premières à embrasser les nouveaux paradigmes et possibilités. »

Le monde change et les générations avec

Par exemple, si le télétravail est mis en place pour les Y, il profitera aussi aux X et Z. Si les X veulent de la sécurité, les Z également. Si l’argent est de moins en moins une motivation, c’est le cas pour tout le monde. Et ainsi de suite. Dans un monde en quête de sens, mieux vaut faire front commun que de créer des discriminations sur l’âge.

Plutôt que de chercher à catégoriser les individus pour tenter de les comprendre dans un monde difficilement compréhensible, mieux vaut se concentrer sur ce qui nous rassemble et se préparer aux bouleversements à venir.

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Auteur(s)

  • Utopiste RH depuis que je suis tombé dans la marmite, je suis un fervent défenseur de la transformation du métier. Ma recette : Versez une bonne dose de passion pour mon métier, ajoutez un spider-sens toujours à l’affût des dernières innovations, saupoudrez d'une pointe de polémique, enfournez, c'est prêt !