La pénurie de talents est un challenge pour les entreprises et encore plus pour les startups qui essaient d’attirer les meilleurs sans pouvoir lutter avec les moyens des grandes entreprises. Elles redoublent donc de créativité pour améliorer leur qualité de vie au travail et leur package de rémunération. Aujourd’hui on se concentre sur l’une des méthodes qui a le vent en poupe : les congés illimités.

Congés illimités : pour améliorer la marque employeur

Selon une étude faite par Joblift en 2018, les congés illimités qui ont été particulièrement adoptés par les startup, sont utilisés pour encourager les salariés à prendre des vacances et plus particulièrement pour répondre à leurs attentes en matière de qualité de vie au travail. C’est une politique d’attractivité qui tend à améliorer la marque employeur de la société. Avec les congés illimités, les salariés peuvent poser leurs journées quand ils le désirent et prendre des vacances aussi longtemps qu’ils le souhaitent. Quoi de mieux pour attirer des candidats sans sortir (immédiatement) le portefeuille ?

C’est un concept qui a débuté aux Etats-Unis dans les géants de la Silicon Valley tels que Netflix, General Electric, Evernote ou encore Buffer, avant de se répandre en Europe notamment en Grande Bretagne et en France.

Alors que la loi aux Etats-Unis n’oblige en rien les entreprises à proposer des congés payés, les salariés de ces fameuses structures à congés illimités n’ont pas l’habitude de demander des vacances et se contentent souvent d’une dizaine de jours par an. La situation est-elle différente en France ? Le droit du travail français, impose cinq semaines de congés payés ainsi que des RTT pour les forfaits jours. On peut donc s’attendre à ce que cette différence de rapport aux congés d’un pays à l’autre implique une différence dans l’utilisation des congés illimités.

Vers une organisation souple de l’entreprise

Ce nouveau concept du temps de travail repose principalement sur la responsabilité individuelle. « Avec ce type de management, on part du principe que l’on peut faire confiance aux gens. Cela signifie que l’on considère le bien-être des salariés comme un investissement pour l’entreprise, ce qui est positif » explique Loïck Roche, directeur général de Grenoble Ecole de Management (GEM).

Cependant, la responsabilisation des salariés émane du principe de la confiance entre l’employeur et le salarié. Concept qui est souvent contradictoire à la mentalité traditionnelle française où la confiance n’est pas le point fort de toute les relations hiérarchiques. Il se pose ainsi la question d’un changement de mentalités et de management. Les Etats-Unis arrivent en effet bien à faire fonctionner cette pratique grâce à leur culture du management au résultat.

La mise en place de congés illimités nécessitent d’adapter la technique managériale. Il s’agit « d’engager les bonnes personnes, celles qui savent gérer cette liberté » explique Arnaud Devigne, directeur général d’Indeed France en annonçant la nécessité de bien définir les objectifs à tous les employés. Dans ce cas, les salariés seront responsabilisés et autonomes et les managers vont jouer un rôle de guide et d’accompagnateur pour les collaborateurs tout en leur laissant l’autonomie nécessaire pour que chacun se sente investi et devienne leader de ses propres missions.

Quelques exemples concrets d’expérimentation

Le système de prendre congé quand on veut s’inscrit dans une lignée de mode de travail flexible qui s’accentue de plus en plus avec le télétravail, les open space, le travail nomade etc.

Alan est une startup parisienne lancée en 2016 qui a mis au point une assurance santé en ligne pour les entreprises et les travailleurs indépendants. Sa culture d’entreprise repose, depuis sa création, sur l’autonomisation des salariés et des stagiaires. Kevin Aserraf, Growth Manager explique que son quotidien de travail est comme celui de tout salarié mais bénéficie de cet avantage. « Cette année, je ne sais pas combien de jours j’ai pris. Je n’ai pas à compter » révèle-t-il en ayant l’esprit tranquille. De plus, cette pratique a permis aux jeunes parents de pouvoir disposer de leur temps. « S’il y a une urgence, si le petit est malade, on peut gérer la situation. Et on ne se dit pas : « si je prends ce temps, je perds une journée de vacances » annonce le Growth Manager qui, de son côté, s’est permis d’une demi-journée de vacances pour visiter un appartement. Cet employé est donc libre d’organiser ses journées comme il l’entend (commencer plus tôt, prendre une pause déjeuner de quelques heures, télétravailler…).

Chez Indeed, une plateforme internationale de recherche d’emploi, on fait profiter à tous les salariés dans toutes les branches de l’entreprise, quelque soit leur niveau hiérarchique, depuis 2016, de vacances illimitées. L’entreprise leur garantit le socle minimum légal de cinq semaines de congés payés, auquel s’ajoute autant de journées supplémentaires qu’ils le désirent. Selon Agnès Gicquel, directrice de la communication d’Indeed France qui explique que ce système va de pair avec un changement profond des codes d’entreprise : « Je suis maître de ce que je fais. Si un jour je préfère rester chez moi pour rédiger, plutôt que de rester dans l’open-space, c’est possible. Le travail doit être une activité que j’exerce, pas un endroit où je me rends ». De son côté, pour Seval Foullane, Human Ressources Business Partner d’Indeed France qui n’impose pas le présentéisme au sein de l’entreprise : « Tant que nos collaborateurs sont performants, ils sont libres d’organiser leur temps et leurs absences librement. Cette vision est particulièrement appréciée car nous nous concentrons sur les résultats et non pas sur les modalités de leur travail ».

Pour Agnès Gicquel, il est important de ne pas relier la flexibilité dans le travail avec l’anarchie : « Hors de question, par exemple d’arriver au bureau un beau matin en annonçant prendre six mois de vacances. Les salariés en congés illimités doivent composer avec leur équipe, et adapter leur volume de travail- qui lui ne varie pas en fonction de leurs absences ». Afin de prendre des vacances, il est important pour les salariés de collaborer ensemble, d’anticiper à l’avance et de prévenir les collègues.

En d’autres termes, la liberté de prendre des congés n’est pas totale. En effet, Jérémy, responsable des opérations chez Yes We Dev, à Rennes, une entreprise ayant adopté la pratique de congés illimités témoigne qu’en trois ans, il n’a vu aucun salarié « abuser du système » ajoutant que « les salariés s’interdisent de partir s’ils savent que cela va poser problème pour l’équipe ». Pourquoi ? Le responsable des opérations explique que les entreprises qui proposent des congés illimités sont souvent celles qui exigent une grande implication de la part de leurs salariés. « Les employés se sentent coupables de prendre des congés, en particulier si cela renvoie à leur patron et leurs collègues l’idée qu’ils ne sont pas impliqués à 100% » constate-t-il.

En conclusion, le système de vacances illimités est attirant. Il présente des avantages telles que la responsabilisation des salariés, leur autonomie et la possibilité de concilier plus facilement vie privée et vie professionnelle. Il permet aussi d’aider la marque employeur en améliorant le package proposé aux collaborateurs. Mettre en place un tel système nécessite toutefois d’installer un management au résultat où tous les collaborateurs se sentent impliqués dans les actions de l’entreprise. Enfin, il faudra mettre en place des garde-fous. De nombreux collaborateurs ont tendance à prendre moins de congés dans ce type de système. Il faudra pouvoir les identifier et les accompagner dans le fonctionnement afin de ne pas mettre à risque leur santé sur le long terme.

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