L’allaitement maternel est devenu depuis 2002, un sujet majeur de santé publique. Devant ces multiples bienfaits, la pratique de l’allaitement a acquis au fil des années, une reconnaissance scientifique et juridique au niveau international, européen et national. L’Organisation Mondiale de la Santé préconise un allaitement des nourrissons jusqu’à 6 mois. Un Plan Européen de Protection, de Promotion et de Soutien de l’Allaitement Maternel a été élaboré en 2002, puis un deuxième en 2008, afin de définir des plans d’action pour promouvoir l’allaitement. Enfin au niveau national, l’article L1225-30 du Code du travail stipule que « pendant une année à compter du jour de la naissance, la salariée allaitant son enfant dispose à cet effet d’une heure par jour durant les heures de travail ». En outre, si l’entreprise emploie plus de 100 salariées, l’employée est en droit de mettre en demeure l’employeur en vue d’installer dans l’établissement ou à proximité, des locaux dédiées à l’allaitement.

Malgré ces dispositions seul un enfant sur quatre est toujours allaité à 6 mois en France. Selon Aurélie Serry, présidente de CoFam (Coordination Française pour l’Allaitement Maternel), un manque d’information à propos des lois persistent chez les femmes. Elle explique ce manque de connaissance par un « manque de campagne en faveur de l’allaitement ». Elle ajoute qu’« il faudrait d’abord connaître la loi et l’appliquer ». Concernant les employées (selon l’enquête Elfe) « 20% des femmes interrogées ne souhaitent tout simplement pas aborder la question de l’heure d’allaitement avec l’employeur, même si elles sont désireuses d’allaiter ». En demandant ce droit, les femmes craignent un rejet de la requête ou même un licenciement par leurs employeurs qui ne sont pas « réceptifs ».

Autre frein, le bébé n’est pas autorisé à rester toute la journée dans l’entreprise (sauf accord d’entreprise ou convention collective particulière) ce qui rend difficile son allaitement immédiat. Les mères se retrouvent donc le plus souvent à tirer leur lait pour une utilisation future, ce qui implique d’autres problèmes, de conservation, et rend donc compliqué de tirer son lait dans un bureau personnel, une salle de réunion, les toilettes, ou même le parking

Les initiatives en faveur de l’allaitement

Mais tout n’est pas noir, de plus en plus d’entreprises aménagent de réelles salles d’allaitement au sein de leur locaux. D’autres initiatives peuvent être saluées. Par exemple, l’ouverture de nouveaux espaces de coworking parents-friendly qui offrent la possibilité aux parents, indépendants et télétravailleurs, de venir accompagnés de leur bébé toute la journée, et donc d’allaiter facilement. C’est le cas de Cowork’Crèche à Paris (un espace de 300m2 près de la Bastille comprenant des postes de travail réservés aux parents, un grand tapis central, similaire à ceux qu’on retrouve en crèche, un espace de repos dédié aux parents dans lequel ils peuvent installer un petit lit pliant, un coussin d’allaitement, un chauffe-biberon, un micro-onde, un petit robot pour préparer un repas), Work&Co à Dunkerque (espace de travail et de réunion qui regroupe une micro-crèche Kids&Co d’une dizaine de places composée de matériaux éco-responsables) et Juggle-HUB à Berlin (comprenant une garde d’enfant).

D’autre part, pour aider les mères ne pouvant donner leur lait directement à leur bébé, des services spécialisés se mettent en place. En Indonésie un service de coursier (Arga Nirwana Express) permet de réceptionner le lait tiré par la maman et de le livrer (en le gardant au frais) directement chez la nounou. Aux Etats-Unis aussi des coursiers spécialisés tels que Milk Stork ont vu le jour permettant aux femmes d’expédier leur lait chez elle même quand elles sont en voyage d’affaires. Aujourd’hui des entreprises telles que Ernst & Young, IBM, Accenture, Twitter, ou encore American Express prennent toutes en charge les frais d’envoi de lait maternel de leurs employées dans le cadre de leurs politiques d’équilibre entre vie professionnelle et maternité.

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