Dans le secteur de la santé, la formation n’est pas une option de développement professionnel que l’on programme selon les disponibilités budgétaires. C’est une condition d’exercice, inscrite dans des textes qui engagent directement la responsabilité des professionnels et des établissements. Et ces obligations se sont encore renforcées ces dernières années, sous l’effet conjugué de la crise sanitaire, des évolutions technologiques et du durcissement des exigences réglementaires.
Ce secteur présente une particularité importante : les professionnels de santé évoluent dans un double cadre réglementaire. Le droit commun de la formation professionnelle s’applique à eux comme à n’importe quel salarié. Mais s’y superposent des obligations spécifiques à chaque profession, inscrites dans le Code de la Santé Publique. Cette dualité crée parfois de la confusion dans la gestion des plans de formation, mais aussi des opportunités de financement cumulables que beaucoup de structures n’exploitent pas pleinement.
DPC — Le développement professionnel continu
C’est l’obligation centrale du secteur. Tous les professionnels de santé réglementés — médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, pharmaciens, sages-femmes, orthophonistes, et bien d’autres — sont tenus de s’inscrire dans une démarche de développement professionnel continu.
Lire aussi : Formations sécurité au travail : ce que la réglementation exige vraiment des employeurs en 2026
Le DPC ne se limite pas à la formation classique. Il combine trois dimensions complémentaires :
- Une action de formation continue, qui peut prendre des formes très variées (présentiel, e-learning, séminaires, congrès accrédités…)
- Une démarche d’amélioration des pratiques professionnelles, qui implique une analyse réflexive de sa propre activité
- Une gestion des risques, centrée sur la prévention des erreurs et l’amélioration de la qualité des soins
Chaque professionnel doit justifier d’un parcours DPC sur une période de 3 ans. Le non-respect de cette obligation peut entraîner des sanctions ordinales allant du rappel à l’ordre à des mesures disciplinaires plus sévères.
La gestion administrative du DPC passe par la plateforme de l’Agence Nationale du DPC (andpc.fr), qui recense les actions éligibles et gère les prises en charge financières pour les professionnels libéraux et les salariés.
AFGSU — Les gestes d’urgence
L’Attestation de Formation aux Gestes et Soins d’Urgence est obligatoire pour l’ensemble des professionnels de santé, sans exception. Elle est délivrée exclusivement par les CESU (Centres d’Enseignement des Soins d’Urgence), rattachés aux établissements hospitaliers.
Deux niveaux sont définis :
- AFGSU niveau 1 : destinée aux personnels administratifs et techniques des établissements de santé. Elle couvre les gestes de premiers secours de base et la conduite à tenir face à une urgence.
- AFGSU niveau 2 : pour les professionnels de santé directement impliqués dans les soins. Elle intègre des gestes plus techniques, adaptés aux contextes cliniques.
Le recyclage est obligatoire tous les 4 ans. Un professionnel dont l’AFGSU est expirée n’est pas en conformité avec ses obligations d’exercice. Dans les établissements, le suivi de ces échéances est souvent insuffisant, notamment en raison du turnover et du recours croissant aux intérimaires.
Bientraitance et prévention de la maltraitance
Dans le secteur médico-social — EHPAD, IME, ESAT, foyers de vie, services à domicile — la formation à la bientraitance est une obligation qui découle des recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) et des exigences des autorités de tarification et de contrôle.
Les établissements sous contrat CPOM (Contrat Pluriannuel d’Objectifs et de Moyens) avec l’ARS ou les Conseils Départementaux doivent intégrer ces formations dans leur plan de formation annuel et en justifier lors des évaluations. La HAS a publié des recommandations de bonnes pratiques professionnelles très précises sur ce sujet, qui font référence dans les inspections.
Cette obligation va au-delà du seul respect réglementaire. Dans un secteur confronté à des scandales médiatisés et à une surveillance accrue des pratiques, la formation à la bientraitance est aussi un outil de prévention des risques institutionnels et de protection des professionnels eux-mêmes.
Hygiène et prévention des infections associées aux soins
La prévention des Infections Associées aux Soins (IAS) est un axe structurant de la politique qualité de tout établissement de santé. Les équipes doivent être formées aux précautions standard et complémentaires, avec une traçabilité des formations réalisées exigée lors des certifications HAS.
La crise Covid a mis en lumière les failles dans la maîtrise des précautions complémentaires de type air et gouttelettes. Depuis 2021, les ARS ont renforcé leurs exigences sur ce point, et de nombreux établissements ont dû revoir en profondeur leurs programmes de formation à l’hygiène.
Les spécificités de financement du secteur
Le secteur santé bénéficie de circuits de financement dédiés qui permettent, avec une bonne gestion, de couvrir la quasi-totalité des coûts de formation obligatoire.
Copier le tableau
| Source de financement | Pour qui |
| ANDPC | Professionnels de santé libéraux et salariés |
| OPCO Santé | Salariés des établissements privés à but lucratif et non lucratif |
| FIF-PL | Professionnels libéraux non-salariés |
| Plan de formation ARS | Établissements publics de santé |
La difficulté réside souvent dans la coordination entre ces sources. Un infirmier salarié peut bénéficier du financement OPCO Santé pour certaines formations et de l’ANDPC pour son DPC. Les directions des ressources humaines des établissements gagneraient à cartographier ces circuits en début d’année pour optimiser les plans de formation.
Par où commencer
La première priorité est de vérifier le statut DPC de chaque professionnel de l’établissement via la plateforme andpc.fr. Ensuite, auditez les AFGSU en cours de validité dans vos équipes — c’est souvent là que les écarts sont les plus importants, notamment chez les personnels recrutés en cours d’année.
Intégrez bientraitance et prévention des infections dans votre plan de formation annuel avant de le soumettre aux instances représentatives du personnel. Enfin, rapprochez-vous de votre OPCO Santé dès le début de l’année pour anticiper les prises en charge : les enveloppes budgétaires sont souvent limitées et les délais d’instruction peuvent être longs.